Ethique et numérique

Les 13 et 14 décembre 2018 j’ai eu le plaisir de participer à deux jours passionnant consacrés au programme Bibliothèques numériques de référence. Une des tables rondes proposée s’intitulait « Ethique et numérique », je vous propose une petite synthèse des riches échanges qui ont eu lieu.

Animée par Lionel Dujol, responsable du développement numérique pour le réseau des médiathèques Valence Roman Agglo, la table ronde réunissait Damien Belvèze, conservateur en charge de la formation des usagers et de la formation continue des personnels du SCD pour l’Université de Rennes 1 ; Raphael Berger, directeur des études et de l’offre légale pour Hadopi et , journaliste, écrivain, essayiste et animateur radio spécialisé dans les nouvelles technologies.

Le débat était organisé autour du constat et des questions suivantes : le numérique bouscule les bibliothèques et interroge les pratiques. Est-il instrument d’asservissement ou de libération? En quoi transforme-t-il le métier de bibliothécaire? Comment accompagner les usagers? Il était divisé en deux parties : les enjeux et la régulation (malheureusement il a été difficile d’aborder la seconde partie car une formidable discussion avec la salle a suivi la première partie).

On peut définir l’algorithme comme un programme, un biais, une autoroute personnalisée. Les algorithmes, auto-apprenant désormais, orientent nos choix. Si la voie est balisée, la question est alors de savoir ce que l’on rate.  La notion de diversité se resserre sur ce qui nous intéresse le plus, c’est la fameuse bulle de filtre fondée sur « nos traces ». On peut mesurer cette bulle de filtre mais nous sommes aussi le fruit de déterminismes sociaux, et ce, depuis bien plus longtemps que le web. Aussi, le numérique peut ouvrir le champ des possibles à la seule condition d’un effort de curiosité de notre part. De plus, il s’agit de garder à l’esprit que l’algorithme est une autoroute qui se base sur nos choix passés (cf. cet article d’Affordance).

Les bibliothécaires peuvent proposer des formations à la recherche documentaire via des moteurs de recherche alternatifs respectueux de notre vie privée et donc débarrassés de certains biais algorithmiques comme Qwant ou Duck Duck Go. Toutefois, l’écueil majeur réside dans le fait que nous acceptons ces orientations, cette « servitude volontaire ». Ainsi pour Eric Schmidt (vous pouvez lire ça sur le blog de Tristan Nitot), l’intime va disparaître au profit de l’assistance permanente, d’outils qui finiront par nous connaître mieux que nous mêmes. La technologie va devenir de plus en plus visible.

Nous avons, nous, bibliothécaires [mais aussi les enseignants, les documentalistes ou même les travailleurs sociaux…] un rôle fondamental pour maintenir l’esprit critique. Nous devons montrer ce qui est invisible, travailler à faire des citoyens des acteurs, des makers technologiques. Derrière cet asservissement volontaire se pose la question de la notion de valeur d’usage. En bibliothèque, en collectivité, tout réside dans la capacité que nous pouvons avoir à démontrer qu’il est possible d’utiliser des alternatives libres et open source (comme les produits de Framasoft). Ces outils permettent aux citoyens de reprendre le contrôle, de s’émanciper, de s’auto-organiser. Entre consommation, usages et pratiques il y a toute une gamme de formation, de transmission, de perception de la réalité. On peut s’emparer de ces technologies qui nous transforment et les transformer à notre tour. Proposons des produits comme Libre Office, utilisons Mamoto sur nos sites plutôt que Google Analytics [d’ailleurs si quelqu’un sait comment le faire sur WordPress qu’il laisse un commentaire]. Toutefois, il s’agit d’agir avec mesure pour ne pas démobiliser les gens en ressassant en permanence les risques liés à la protection de la vie privée (même si c’est essentiel).

Pour ce qui est de la régulation je vous renvoie à l’article de Numerama sur l’article 13 (avec de vrais morceaux de Lionel Maurel dedans) et termine cette retranscription synthétique avec la remarque suivante : la surveillance de masse incite les citoyens à s’auto-censurer. Après le scandale Prism , les consultations Wikipédia concernant certaines maladies ou le djihadisme ont diminué de 20% aux Etats-Unis.

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P.S. : Nous avons aussi parlé de l’histoire tumultueuse d’Hadopi, une institution à la légitimité et à la viabilité qui apparaît bien fragile même s’il semble que son champ d’action va tendre à s’accroître selon M. Berger.

 

 

 

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